Ce fut aussi l'enseignement prodigué par une nature et des êtres généreux.
Vivre l'époque de la Mousson (juin à septembre) est un merveilleux cadeau ; toutes les senteurs explosent, les cieux et la terre éclatent de couleurs chatoyantes lorsque les courtes et violentes pluies cessent leurs chants modulés sur cette terre rouge et riche aux reflets gras et changeants, lorsqu'elles font tinter, sur un staccato effréné, les tôles ondulées avant de se lancer dans un nouveau chant aux mélopées encore différentes où se mêlent les croassements gutturaux des crapauds et ceux presque cristallins des reinettes!
S'enrichir des connaissances, de celles qu'aucun ouvrage n'apportera jamais, d'un vieux gardien, un ancien tirailleur sénégalais répondant au nom de " Thibaut Tincodogo ", c'est aussi et surtout cela la sagesse africaine.
Cet homme à l'apparence fruste était mon ami.
Il m'enseigna tant et tant de choses de la nature ! Une après-midi, alors que nous nous promenions dans la forêt, nous entendîmes crier un oiseau. Mon ami me dit alors : " Tu vois Didier, façon l'oiseau chante là, c'est parce qu'il y a le serpent dans le bananier ! ". Effectivement nous vîmes cet animal (Mamba vert ou Indro aspis veridis) dont la sinistre réputation n'est pas usurpée qui, enroulé autour du tronc, montait avec la souplesse d'une liane vers le pauvre oiseau terrorisé.
Thibaut entonna alors le râle de la mangouste, juste avant l'attaque, et le serpent décida promptement de changer d'air !